Haute Ecole Libre Mosane

Un Erasmus au Nord du Québec ?

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Du 5 au 15 décembre, une enseignante du pédagogique est partie superviser les étudiantes de HELMo Saint-Roch parties en échange Erasmus au Québec… Voici le récit de son voyage.

Je suis arrivée, -15°, un bon mètre de neige, dans la ville de Sept-îles (25 000 habitants), avec un petit avion de 40 personnes, en provenance de Montréal. Trois étudiantes (Victoria, Chloé et Nella) m’attendaient à l’aéroport !! L’accueil a été extraordinaire. Rencontre avec des collègues, échanges dans un bar-restaurant local, découverte culturelle (match d’impro mémorable), découverte géographique d’un environnement très dépaysant. La chaleur humaine a fait fondre toute la glace environnante.

Sept-îles : une « petite ville » au bord du Saint Laurent

La ville de Sept-îles au bord du Saint-Laurent compte 25000 habitants. Les maisons type villas « à l’américaine » sont étalées le long d’avenues bien quadrillées, perpendiculaires  (comme aux Etats-Unis). L’hiver s’installe en octobre et la neige peut monter jusqu’aux toits. La ville est assez riche en raison de l’exploitation de mines de fer proches qui créent une activité économique dont bénéficie la population. L’université y possède de beaux bâtiments très modernes. Sept-îles compte également une population autochtone dont l’intégration culturelle est chère aux yeux de mon hôte (Roberto Gauthier).
J’ai aimé la grande modernité de l’université de Sept-îles. Etant donné le peu d’étudiants, certains cours sont donnés par vidéoconférence. Plusieurs petits bureaux sont mis à disposition des étudiants pour des travaux de groupe. L’école primaire que j’ai visitée était également très belle. Les classes flexibles y font leur apparition. Les classes sont bien équipées, spacieuses, modernes et bien chauffées. Une grande salle de gym et de théâtre existe pour l’école (une de nos stagiaires en a profité pour monter une pièce !). Les TICE font partie de la vie de l’école. Il y a également une salle pour l’immersion (en 6ème primaire, ils ont la possibilité de faire les 6 derniers mois en immersion). Nos étudiantes en profitent pour faire la « minute belge », un échange de culture très intéressant. Elles parlent de Saint-Nicolas pendant que les enfants nous expliquent la tradition des nains qui font des « niaiseries » pendant les nuits qui précèdent Noël!

Après 600 km, une arrivée dans la forêt boréale

Le week-end, je suis partie sur une très longue route entre Sept-Îles et Chicoutimi… Une route qui borde le Saint-Laurent, bordée de lacs, et vers la fin, de paysages plus montagneux pour arriver à Chicoutimi (le nom “Chicoutimi” vient des amérindiens et signifie “jusqu’où l’eau est profonde”).
J’arrive en soirée chez mon hôte, qui habite le dernier village avant une zone « peu peuplée » présentant certaines ressemblances avec Into the wild… pour ceux qui ont vu le film. Roberto m’invite à faire une balade le dimanche dans son « bois » (encore une fois, rien de comparable à la Belgique car sur son terrain, on peut croiser des ours noirs ou entendre hurler les loups). La petite balade de deux heures par -20°, c’est du sport et il ne s’agit pas d’ôter ses gants, sous peine de le regretter (pour une Belge en tout cas). Il me montre la cabane (à 2km de sa maison) qu’il a entièrement fabriquée de ses mains, avec l’aide de ses enfants. Ils y viennent en toutes saisons, pêcher, chasser, faire un feu ou nager dans la rivière. On n’y rencontre pas grand-monde. Cette maison se trouve à 45 minutes de Chicoutimi, et j’aurai le bonheur de faire cette belle route tous les jours pour aller superviser les stages ! Le superviseur expérimenté qui m’accompagne, Dominic Bouchard, m’initie aux techniques très spécifiques de supervision, très intéressantes (co-évaluation, rencontres avec l’enseignant associé seul, puis avec le stagiaire seul puis rencontre finale d’une heure avec la stagiaire et son enseignante)

Chicoutimi: un campus actif

La ville s’étend dans la plaine alluviale. Le campus surplombe celle-ci. Il compte environ 4000 étudiants. Les bâtiments communiquent entre eux et tout est fait pour résister à l’hiver, bien au chaud… Une didacthèque (bibliothèque de didactique) énorme ainsi qu’un service « location informatique/TICE » m’impressionnent. Je passe un peu de temps dans les bureaux des didacticiens et chercheurs en pédagogie. Que de rencontres intéressantes, d’échanges sur des recherches en lien avec le terrain. Je suis épatée par le dynamisme du campus.
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Belles découvertes pédagogiques

Dans les écoles, la communication « bienveillante » semble être pratiquée depuis longtemps. La façon de régler les conflits se fait par les élèves médiateurs (comme conseillé par l’Université de Paix de Namur, suivant tout le processus de communication non violente initié par Marshall Rosenberg). Le renforcement positif est quotidien et généreux et le respect de l’élève est grand. Un exemple ? J’entends un appel micro fait par des élèves de 5ème année et diffusé dans toute l’école… On m’explique que le parlement des enfants a choisi de communiquer sur un point. Autre point intéressant : l’éthique est une des 12 compétences sur lesquelles l’enseignant est évalué. Discrétion professionnelle, sens des responsabilités, engagement, etc. Autre exemple encore : quand un élève présente un « trouble d’opposition » il peut être envoyé dans une salle où se trouve une éducatrice, on va chercher avec lui des solutions.
Le « classement » des élèves est peu pratiqué. On cherche à éviter la compétition. Les évaluations sont très souvent des « co-évaluations » (pour nos stagiaires aussi d’ailleurs, la personne évaluée a son mot à dire !) Le bien-être des enfants étant important, certains enseignants font la « balade du jour » (15 minutes) ou du yoga avant de commencer la journée. Les effets s’en font ressentir –il me semble- dans la société québecoise. J’ai pu rencontrer des jeunes gens et adultes très « cool » et bien dans leur peau. Un effet de l’esprit plus « égalitaire » qui souffle chez nos cousins du nord ?
Nos stagiaires sont en général très appréciés. Différences essentielles ? La spécificité de notre formation pour le préscolaire (inégalée) et la capacité de réflexion de nos étudiants grâce aux prépas détaillées auxquels ils sont habitués (les Québecois en font beaucoup moins).
Je ne peux en tout cas que me réjouir d’avoir eu la chance de faire ce voyage. Et si des étudiants hésitants me lisent, je les encourage à oser faire le pas…
 


Contact: Céline DISPAS
Publié le : 20-12-18